Patrimoine et Esprit des Lieux

Présentation

C’est la dernière des Collections initiées au sein de la Direction de l’Architecture, après les ″Cahiers d’Architectures et d’Urbanité″ et les ″Dialogues sur la ville″. Il ne pouvait pas en être autrement car des acquis sont nécessaires pour passer d’une étape à une autre, d’une compréhension à une autre de l’espace humanisé. Certaines collections s’enrichissent progressivement de manière autonome et rétroactive tout en se nourrissant d’une livraison de l’une ou de l’autre. Il y a à la fois une démarche dynamique et un cloisonnement / décloisonnement au sein de ces collections qui ont des objectifs à la fois similaires et différents.

Un nom revient parfois dans le titre d’un ouvrage d’une autre collection mais il suffit de feuilleter ces livres ou de les faire défiler sur l’écran pour se rendre compte à quel point ils sont différents et complémentaires tout en ayant les mêmes lieux d’études et qu’ils n’épuisent pas le sujet tant les rapports humains au ″topos″, au lieu géographique humanisé sont diversifiés et d’une grande complexité.

Ce sont des rapports difficiles à saisir tout comme ceux qui instituent le patrimoine ou un sentiment d’appartenance, rapports si bien définis par Françoise Choay, Fernand Braudel, Pierre Bourdieu ou Colette Petonnet, pour le bidonville de Douar Doum à Rabat, etc. D’où le défi qui caractérise la Collection ″Patrimoine et Esprit des lieux″, saisir l’insaisissable et décrire l’indescriptible en matière d’architecture et d’urbanité ; saisir et décrire dans ce domaine un plus qui est matériel tout en ne l’étant pas.

C’est donc le pari de cette Collection que de tenter de révéler un patrimoine partagé et un esprit des lieux. C’est dans cette perspective que nous avons cherché des auteurs que nous pouvions, d’une certaine manière et pour chaque ville, considérer comme le coryphée dont le destin vibre en phase et en harmonie avec celui de la cité ; auteurs auxquels nous avons donné toute la liberté souhaitée. En retour, nous avons été subjugué dès la première livraison. Nous n’attendions point de recettes, tout juste une meilleure formulation des interrogations sur le ″vivre spatialement ensemble″. De la liberté de ton et de forme offerte aux auteurs invités, a découlé une grande diversité de parcours colorés, de textes qui illuminent et irisent des illustrations croisées, entrelacées selon le mode de narration, la fertilité de l’imagination, le mètre de la scansion, le rythme et l’hymne que confère tout auteur au portrait de ″sa″ ville. Tout cela est au fondement même de cette Collection qui, à vrai dire, est une quête à la recherche des sentiers d’une urbanité dans des cités que nous avons choisies et que l‘on peut appeler des ″villes constituées″. C’est-à-dire des villes qui avaient des limites physiquement ou sociologiquement matérialisées, des quartiers articulés, des parcours hiérarchisés, un Saint Patron, etc., des villes porteuses de sens et de valeurs partagées et où s’accomplissent les destins de ceux qui s’identifient à l’art et à l’esprit des lieux investis. Probablement des villes qui n’ont pas ou qui n’ont plus ce genre de repères.

Si cette Collection permet de partager avec le plus de monde possible que le ″vivre ensemble″, dans des villes anciennes ou nouvelles, n’est pas réductible à du mesurable et du quantifiable, elle aura atteint ses objectifs. La dimension humaine, même si difficile à appréhender, à saisir, à mettre en œuvre, doit être au cœur des politiques urbaines. Qu’on la cherche dans la sociologie, dans l’anthropologie, dans la théologie, dans la poésie, etc. elle conditionnera sans nul doute un des plus grands défis qu’aura à affronter l’humanité au cours de ce troisième millénaire, celui d’un espace humanisé qui intègre dans le cadre de vie, identité et dignité.

Said Mouline
Rabat, le 19 janvier 2012