L’architecture moderne en 1930

 

Présentation

Dès le début du Protectorat, l’implantation officielle française au Maroc, en 1912, s’accompagne d’une série d’options majeures qui vont provoquer des changements importants en matière d’aménagement du territoire, d’urbanisme et d’architecture. Nommé Résident Général et Chef de l’armée, Hubert Lyautey, fort de son expérience coloniale passée, savait, à cinquante huit ans, précisément ce qu’il voulait. D’emblée, il impose trois règles à respecter scrupuleusement dans le programme d’urbanisation. D’une part, séparer les médinas et les villes européennes, d’autre part, protéger le patrimoine culturel de l’Empire Chérifien. Appliquer, par ailleurs, aux villes nouvelles les principes les plus modernes et les plus raffinés de l’urbanisme contemporain.

Séparer complètement villes indigènes et villes européennes, c’est la tâche confiée à Henri Prost, architecte Prix de Rome en 1902, lauréat de nombreux concours, que Lyautey avait fait venir au Maroc, fin 1913, sur recommandation de Jean Claude Nicolas Forestier, pour le charger de la Direction des Services d’Architecture et d’Urbanisme du Protectorat. Protéger le patrimoine culturel, c’est l’affaire des Beaux-Arts et des Monuments historiques, Service créé dès novembre 1912 par Lyautey et confié à Maurice Tranchant de Lunel.

Conservateur intégral du patrimoine architectural des cités musulmanes, l’urbanisme de Lyautey est résolument moderniste lorsqu’il s’agit de la création des villes nouvelles. La spatialisation de ces orientations conduit Henri Prost vers une architecture nouvelle au Maroc, une architecture épurée rapidement du style néo-algérien, une architecture très dépouillée, enrichie de quelques éléments empruntés à l’architecture et à la décoration locales. Ce que Prost appellera lui-même “des œuvres nettoyées des extravagances arabisantes”.

Ainsi d’un côté on prévoit pour un futur lointain et l’on forge des cités expérimentales qui servent de vitrine au modernisme international et, de l’autre, on maintient, en la restaurant, la ville musulmane comme une cité idéale a-historique, une épure de ville musulmane pétrifiée au nom d’une représentation excluant le changement.

Dans cette perspective, Henri Prost va expérimenter au Maroc, de nouvelles figures urbanistiques, bien avant que de tels modèles de planification urbaine ne soient pratiqués en Europe. Sur les dix villes qu’il aura à concevoir, la ville coloniale de Rabat est considérée comme son chef-d’œuvre. Henri Prost témoigne lui-même de son enthousiasme : “Rabat, ville nouvelle, siège de la Résidence générale est l’un des plus beaux sujets pouvant tenter un architecte. Programme superbe à réaliser dans un cadre merveilleux” La perception de cette réussite semble largement partagée : “Du point de vue de l’impression d’harmonie et d’unité de style, l’un des modèles que l’on peut citer, c’est la ville nouvelle de Rabat. De toutes les villes modernes que je connais, c’est peut-être la plus intéressante, peut-être la plus réussie. (…) elle sera l’une des créations les plus originales de la civilisation moderne en matière d’urbanisme.” “De physionomie particulièrement séduisante (…) Rabat française constitue à l’heure actuelle un chef-d’œuvre célèbre dans le monde entier, d’une réussite en matière d’ordonnance urbaine et architecturale. ”

L’effervescence qui a accompagné la naissance de villes nouvelles au Maroc sous Protectorat français a suscité en 1930, dans la métropole, de nombreuses publications, articles et numéros spéciaux de revues spécialisées. C’est dans ce contexte que se situe la conception de l’ouvrage “L’Architecture moderne au Maroc.” L’ouvrage se subdivise en deux tomes. Le premier consacré aux édifices publics et le second aux constructions particulières. L’auteur avertit que “les photographies des planches ont été exécutées spécialement pour cet ouvrage” et informe de la principale raison de sa conception et de sa publication : “Régénéré par la collaboration d’hommes nouveaux, le Maroc est considéré aujourd’hui comme un des pays les plus “modernes” de la terre. Il offre aux architectes, aux urbanistes, et de façon générale à tous les artistes, de remarquables et passionnants sujets d’étude”. C’était en 1930 et s’agissant d’une somme iconographique remarquable et professionnelle dans un ouvrage assez rare, il m’a paru utile ci-dessous de présenter quelques photographies de ce qui, déjà à l’époque, était considéré comme les témoignages de cette épopée, de cette modernité  architecturale dans la conception et l’édification de la ville nouvelle de Rabat, capitale administrative du Protectorat français au Maroc.

Said Mouline
Rabat, le 19 janvier 2012

 

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