Dialogues sur la Ville

A la différence des autres collections offertes ici, les ″Dialogues sur la ville″ ne sont ni des livres d’auteur, comme ceux de ″Patrimoine et Esprit des Lieux″ ni des livres portant chacun sur une thématique précise, comme ceux des ″Cahiers d’Architecture et d’Urbanité″. Il s’agit d’Actes de rencontres organisées conjointement avec des groupements associatifs impliqués dans des projets d’urbanité, de développement architectural et de sauvegarde patrimoniale.


Présentation

A la différence des autres collections offertes ici, les ″Dialogues sur la ville″ ne sont ni des livres d’auteur, comme ceux de ″Patrimoine et Esprit des Lieux″ ni des livres portant chacun sur une thématique précise, comme ceux des ″Cahiers d’Architecture et d’Urbanité″. Il s’agit d’Actes de rencontres organisées conjointement avec des groupements associatifs impliqués dans des projets d’urbanité, de développement architectural et de sauvegarde patrimoniale.

Concernant les assises conceptuelles qui constituent les fondements de ces dialogues, je renvoie à l’éditorial commun aux sept livraisons de cette collection qui précise que ″C’est à l’occasion d’une nouvelle lecture du Discours Royal adressé par Feu Sa Majesté Le Roi Hassan II, le 14 janvier 1986 à Marrakech, au corps des architectes, qu’est née cette Collection ou, pour être plus précis, qu’ont été initiés les ‘Dialogues sur la ville’ dont cette Collection est à la fois le miroir et la mémoire.″ Cet éditorial explique, entre autres, la vision, la philosophie et les concepts qui sous-tendent les nouvelles formes de partenariat expérimentées alternativement avec six associations au service du patrimoine architectural et urbain.

Relecture du Discours Royal du 14 janvier 1986

Dans cette relecture nous avons en commun, avec ces associations, ″la primauté de la dimension humaine et celle de l’identité qui forment la colonne vertébrale du Discours Royal du 14 janvier 1986.″ Il me semble important de rappeler la conclusion de cette relecture d’un Discours qui, depuis, était devenu la Charte des Architectes :
″(…) la nouvelle lecture annoncée en début de cet éditorial, devait s’accompagner d’une catharsis. Une catharsis au sens de purification, au sens de réaction de libération. Une catharsis salutaire pour comprendre que le patrimoine architectural est à la fois héritage et témoignage, à la fois mémoire et identité, à la fois enveloppe de citoyenneté et matrice de développement. Qu’aimer le patrimoine architectural, c’est à la fois aimer sa patrie et agir en patriote. Que s’en priver, c’est, sans y prendre garde, condamner les citoyens à devenir orphelins, amnésiques, exclus et sous-développés. Seuls les groupements associatifs, conscients et actifs, semblent avoir pris la mesure du danger. C’est la multiplication de telles associations, réellement représentatives, dynamiques et crédibles, qui permet de garder l’espoir, de conjurer l’exclusion et d’aller vers une réconciliation des citoyens avec leurs cités. Car cette réconciliation des citoyens avec leur cité est, sinon l’essence même de la démocratie, du moins sa forme d’expression la plus tangible.″

Dialogues sur la ville

Le dialogue est, avant tout autre chose, une reconnaissance dans la réciprocité, une reconnaissance de statuts, une reconnaissance d’interlocuteurs habilités. Si depuis près d’un demi-siècle les villes sont de plus en plus, et partout, objet de dialogues, c’est qu’elles font problème. Les listes de villes de dix, vingt, trente millions d’habitants ne cessent de s’allonger, les aires urbanisées ne cessent de croître et dans la plus grandes majorité des cas sans visibilité et sans vision, des villes où se côtoient souvent, avec une certaine obscénité, la plus indécente des opulences et la pire des misères.

Des conférences mondiales, telles celles organisées par le Centre des Nations Unies pour les Etablissement Humains à Vancouver en 1976 ou celle organisée vingt ans après a Istanbul, ont souligné l’ampleur des défis à l’échelle de la planète sans apporter de remèdes. La déclaration d’Istanbul sur les Etablissements Humains fait du logement non pas un droit humain que tous les Etats s’engageraient à satisfaire mais tout simplement ″un objectif universel qui consiste à garantir à tous un logement convenable et à rendre les établissements humains plus sûrs, plus salubres, plus vivables, plus équitables, plus durables et plus productifs.″ Habituels vœux pieux, sincères mais jamais suivis d’effets du Système des Nations Unies et de ses organisations satellites. Le logement en tant que droit viendra progressivement : ″Nous réaffirmons notre volonté d’assurer progressivement la pleine réalisation du droit à un logement convenable, prévu dans divers instruments internationaux.″ La seule innovation majeure de la rencontre d’Istanbul, ″Habitat II″ a été de reconnaître le rôle fondamental que pouvait jouer les organisations non gouvernementales en tant que partenaires.

L’organisation des ″Dialogues sur la ville″ pourrait en fait être réduite à un lieu et à un enjeu. Un lieu qui fait sens, un lieu déjà investi, un lieu choisi d’un commun accord entre les organisateurs et le groupement associatif partenaire. Tel a été le cas, par exemple, de la première rencontre de cette nature à Tanger qui s’est déroulée à la Légation américaine, située en médina de Tanger. Cet édifice avait été offert en 1821 par le Sultan Moulay Slimane et fut durant plus d’un siècle Consulat américain au Maroc. Il est par ailleurs, le seul bien américain classé ″landmark″ ou patrimoine culturel en dehors du sol des Etats Unis d’Amérique. C’est là que se déroula la première journée d’études de cette livraison intitulée ″Tanger, ville de dialogue, ville de discorde″ dont l’intégralité des travaux est ici en ligne. Là également que la lourde tâche de faire la synthèse et de tracer les perspectives de ces journées de dialogues et de débats a mobilisé le Pr. Mhammad Benaboud qui allait être notre hôte à Tétouan au nom de l’Association ″Tétouan Asmir″ six mois plus tard.

Classée sur la Liste du Patrimoine Mondial de l’Unesco en 1997, après celles de Fès, Marrakech et Meknès, la médina de Tétouan faisait l’objet d’études et de réflexions au sein de l’Association ″Tétouan Asmir″. Notamment sur les orientations d’une gestion contemporaine qui prenne en considération les impératifs actuels et les spécificités de la médina de Tétouan, patrimoine mondial, dans les études, les projets, les activités et les réhabilitations concernant le tissu urbain historique.
Une livraison des ″Cahiers d’Architecture et d’Urbanité″, consacrée au premier CD Rom portant sur une médina, conçu et réalisé par le Pr. Mhammad Benaboud qui a eu l’honneur de le présenter au Souverain le 16 décembre 2000. Tout récemment, une Charte de la sauvegarde de la Médina à vu le jour, elle a le poids que lui confère le consensus de tous les acteurs et, en premier lieu, la Haute Sollicitude du Souverain pour cette médina qu’ii a visitée le 9 décembre 2012, pour prendre connaissance des projets de réhabilitation patrimoniale en cours.

L’exemple de l’Association ″Tétouan Asmir″

Lier l’élaboration d’une Charte de sauvegarde de la médina en 2012 aux ″dialogues sur la ville″ de 2000 peut sembler une vue de l’esprit. Cependant les responsables de l’Association ″Tétouan Asmir″ reconnaissent que les ″dialogues sur la ville″ qu’ils ont co-organisés ont conforté leur vision et que des assises conceptuelles relatives à des thématiques telle l’urbanité, l’identité, la citoyenneté, la modernité endogène, la patrimonialisation, etc., ont été d’un apport certain pour faire évoluer les manières antérieures de voir les choses et de mieux saisir et analyser l’espace humanisé. Il en est de même pour tous les autres ″dialogues sur la ville″ et le recul d’une douzaine ou d’une dizaine d’années permet aujourd’hui de distinguer l’essentiel de l’auxiliaire.

Comme dans l’exemple précédent, ces dialogues se sont déroulés dans un lieu de mémoire, unanimement reconnu comme tel par tous les tétouanais, la demeure de Abdelkhalek Torrès, leader du ″Parti de la Réforme″, mouvement nationaliste qui revendiquait l’indépendance du Maroc sous Protectorat espagnol. Demeure qui témoigne des spécificités de la composition architecturale, du style et des arts décoratifs des demeures tétouanaises. Demeure admirablement restaurée et entretenue par les héritiers qui a la mettent, gracieusement, au service de nombreuses activités culturelles et sociales ainsi qu’à des cérémonies d’importance qui concernent Tétouan et ses habitants.

L’exemple de ″l’Association Ait Iktel de Développement″

Une des livraisons des ″Dialogues sur la ville″ relate une expérience nouvelle par rapport à d’autres antérieures ou ultérieures. Il s’agit de celle co-organisée avec l’″Association Ait Iktel de Développement″. Association fondée en 1994 par un des natifs du village, le Pr. Ali Amahan, anthropologue, qui avait consacré une thèse et des recherches approfondies portant sur les structures sociales dans le Haut-Atlas. En étudiant la demande d’assistance technique qu’il a formulée, il était évident que très vite allait se poser l’apparente contradiction entre des ″Dialogues sur la ville″ et le statut d’un petit village de montagne de moins de mille habitants, et qui plus est, subdivisé en quatre hameaux distincts. Mais la contradiction n’est qu’apparence lorsque l’objet d’étude est, de fait, les modes d’urbanité dans le Haut-Atlas, les spécificités d’un espace humanisé et les nouvelles formes de développement communautaire. Nouvelles formes qui reposent essentiellement sur la primauté de l’homme dans son milieu, sur la solidarité agissante et sur des modes d’organisation pensés, expérimentés et vécus comme la revitalisation des institutions traditionnelles anciennes auxquelles se substituent, graduellement, des modes d’organisation communautaires consensuels, actualisés et adaptés à des situations contemporaines en évolution.

Y a-t-il plus beau spectacle que le sourire de ces jeunes filles en classe, à l’école, parcequ’il n’y avait plus de contrainte de corvée d’eau ? Le système de l’école informelle était en harmonie avec le développement d’Aït Iktel. L’arabe, le français et l’anglais étaient enseignés en berbère, tout simplement, et l’espace d’enseignement était en lui-même un cours d’histoire et un rappel d’identité. Spacieuse, cette classe bénéficiait en plus d’un apport lumineux zénithal et les poutres reposaient sur des colonnes aux chapiteaux sculptés et peints datant du XVIIème siècle et restaurés par les villageois. On est loin des écoles préfabriquées et désertées.

Recul critique

L’on pouvait être sceptique, c’est compréhensible, mais comme à Tétouan, le recul de plus de dix ans permet de séparer au tamis l’essentiel du conjoncturel. L’on est ravi et ému de voir ces jeunes filles d’alors inscrites, aujourd’hui, en première année à l’Université Cadi Ayyad à Marrakech. Et l’on se met à divaguer en se demandant si le système dit ″informel″ n’était pas le moyen le plus approprié pour le développement des valeurs culturelles et d’une identité locale. Heureusement que l’on ne divague pas seul. En effet, au moment où était bouclée la publication de ces dialogues sur le thème ″La richesse des pauvres″, l’on apprenait que l’Association Aït Iktel pour le Développement venait d’obtenir, pour le processus de développement communautaire mis en œuvre dans le village, le Prix Aga Khan d’Architecture, cycle 2001, récompense internationale prestigieuse, la plus importante en matière d’architecture dans le monde islamique.
Peut-être y a-t-il des divagations porteuses en matière d’espace humanisé ? Cet exemple fit aussi la couverture de biens des revues spécialisées en architecture en Europe.

Il est hors de propos, dans cette présentation d’introduire ou de commenter les sept livraisons de ″Dialogues sur la ville″ car chaque livraison se prête à lire de manière autonome et dans un contexte qui lui est propre. On ne manquerait pas, après avoir estimé à sa juste valeur ″la richesse des pauvres″, de se perdre à Chefchaouen ″entre l’ordre urbain et le chaos″ avant de se diluer dans l’immatérialité de la Place Jama’ al Fna qui oscille ″entre art et bazar″. Ce qui fait Collection dans ces dialogues ce sont les enjeux mentionnés, ce sont les objectifs visés, le modus operandi ou façon de procéder. Ce qui fait Collection c’est le déroulement des deux journées d’études sur place et les visites, sélectionnées à l’avance, des projets en cours. Ce qui fait Collection c’est le choix commun des intervenants, la charte graphique des couvertures, etc., ainsi que le respect des délais annoncés pour la publication des Actes de chaque rencontre.

Comme dans les ″Cahiers d’Architecture et d’Urbanité″ et les ouvrages de ″Patrimoine et Esprit des Lieux″, la dernière page et la troisième de couverture sont respectivement réservées aux remerciements adressés à tous ceux qui ont œuvré au déroulement des dialogues et à ceux qui ont été en charge de la publication des Actes de chaque livraison, de sa conception, de sa réalisation, de sa coordination éditoriale et de sa direction, au sein d’un Département ministériel sans cesse en mouvement et où nichait une direction de l’architecture qui prônait les ″dialogues sur la ville″, tels qu’ils sont offerts dans cette rubrique.

Said Mouline
Rabat, le 16 mai 2012

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